renoncer et renoncer à renoncer
Je ne sais pas aimer, je ne sais pas faire, non, je ne sais pas.
Je n’ai pas envie de parler de ça.
Je suis fatigué, là, il faut juste que je dorme.
Il y a des moments où on s’apaise, non ce n’est pas le problème d’être apaisé, comment dire, il y a des moments où on n’a plus à hurler pour couvrir le cri de la douleur, parce que la douleur est partie. Il y a des moments où on n’a plus à se débattre, où on ne cherche plus rien, où on ne fuit plus rien. Parce qu’on n’y est pas arrivé, qu’on a renoncé, ou parce qu’on est arrivé, que c’est là, qu’il n’y a plus rien à faire. Être à l’abri, ça peut être parce que c’est parti ou parce que c’est venu, que c’est fait ou que c’est défait, et qu’on n’attend plus.
À un moment, on marchait tous les deux, on se tenait par la main comme toujours, et puis il s’est mis à serrer très fort, tellement que j’ai lâché, j’ai cessé d’exercer la moindre pression, il tenait pour nous deux. Nos sentiments, c’était pareil, il tenait pour nous deux. Je le laissais m’aimer, je l’encourageais, je le rassurais et puis je l’enviais aussi un peu, parce que je savais que c’est ce qu’on peut ressentir de plus fort, l’amour, et que moi, il ne me laissait pas le ressentir. J’aurais tellement aimé.
Je n’ai pas envie de parler d’amour, j’en ai marre, j’ai envie de le ressentir, c’est tout, le ressentir tellement que je ne pourrais plus en parler.
J’ai conscience que la révolte, non rien, même de ça je n’ai pas envie de parler. Il faut juste que j’aille me coucher, que je dorme, je n’ai pas envie de réfléchir, je ne peux pas.
Je passe mon temps à renoncer et à croire, à renoncer et à renoncer à renoncer. Ça fait ça à tout le monde, je crois.
On m’a dit qu’on aime les gens quand on les a perdus, parce qu’on les a perdus. J’ai répondu, oui l’inverse est vrai aussi, on n’aime pas les gens quand ils sont là, parce qu’ils sont là. Quand on construit une relation avec quelqu’un, on la construit dans l’échec de l’amour qu’on aurait pu avoir l’un pour l’autre. Construire la relation, c’est, je ne sais pas, renoncer à aimer. Je dis ça, ce n’est pas exactement ce que je veux dire, je ne sais pas trop, c’est en faire quelque chose de pragmatique et de concret, non, ce que je veux dire, c’est que c’est en faire quelque chose de vivable, quelque chose qui aide à vivre, alors que l’amour, c’est invivable.
Je ne sais pas aimer, je ne sais pas si c’est parce que je ne peux pas ou parce que je ne veux pas. Que j’en aie besoin, ça je pourrais me leurrer assez pour le croire, et pour en souffrir même.
L’amour, ça n’existe pas. Ça veut dire qu’on peut se tyranniser avec ça, comme avec tous les idéaux narcissiques et absolus qu’on fabrique, ça veut dire aussi que forcément ça ne ressemble à rien, que c’est ce qu’on veut que ce soit.
Le moment où on se sent à l’abri dans les bras de l’autre, ce moment où on ne court plus du tout, franchement, je ne sais pas si c’est parce qu’on a renoncé à chercher, que l’autre est notre renoncement, ou si c’est parce qu’on a trouvé. Je ne sais pas si l’autre est un échec ou un accomplissement.
Il faut dire que si on cherche encore, c’est qu’on est perdu, qu’on peut même se perdre exprès pour continuer à chercher encore, et encore, et toujours. Que sans doute qu’arrêter de chercher, c’est déjà se trouver, forcément. On doit pouvoir voir le fait de renoncer à chercher comme le fait d’accepter de trouver, j’en suis sûr. Qu’est-ce qui fait que je ne renonce pas, que je n’accepte pas non plus, je ne sais pas. Je sais que c’est la peur, celle d’être gagné ou perdu, c’est pareil. J’ai peur de trouver ce que je cherche, ça doit être pour ça que je n’arrête pas de chercher. Là, par exemple, il faudrait finir ce texte, arrêter, au moins pour un moment, de chercher et conclure. Mais je ne trouve pas la conclusion, je cherche, je cherche, je cherche encore.
Je n’ai pas envie de parler de ça.
Je suis fatigué, là, il faut juste que je dorme.
Il y a des moments où on s’apaise, non ce n’est pas le problème d’être apaisé, comment dire, il y a des moments où on n’a plus à hurler pour couvrir le cri de la douleur, parce que la douleur est partie. Il y a des moments où on n’a plus à se débattre, où on ne cherche plus rien, où on ne fuit plus rien. Parce qu’on n’y est pas arrivé, qu’on a renoncé, ou parce qu’on est arrivé, que c’est là, qu’il n’y a plus rien à faire. Être à l’abri, ça peut être parce que c’est parti ou parce que c’est venu, que c’est fait ou que c’est défait, et qu’on n’attend plus.
À un moment, on marchait tous les deux, on se tenait par la main comme toujours, et puis il s’est mis à serrer très fort, tellement que j’ai lâché, j’ai cessé d’exercer la moindre pression, il tenait pour nous deux. Nos sentiments, c’était pareil, il tenait pour nous deux. Je le laissais m’aimer, je l’encourageais, je le rassurais et puis je l’enviais aussi un peu, parce que je savais que c’est ce qu’on peut ressentir de plus fort, l’amour, et que moi, il ne me laissait pas le ressentir. J’aurais tellement aimé.
Je n’ai pas envie de parler d’amour, j’en ai marre, j’ai envie de le ressentir, c’est tout, le ressentir tellement que je ne pourrais plus en parler.
J’ai conscience que la révolte, non rien, même de ça je n’ai pas envie de parler. Il faut juste que j’aille me coucher, que je dorme, je n’ai pas envie de réfléchir, je ne peux pas.
Je passe mon temps à renoncer et à croire, à renoncer et à renoncer à renoncer. Ça fait ça à tout le monde, je crois.
On m’a dit qu’on aime les gens quand on les a perdus, parce qu’on les a perdus. J’ai répondu, oui l’inverse est vrai aussi, on n’aime pas les gens quand ils sont là, parce qu’ils sont là. Quand on construit une relation avec quelqu’un, on la construit dans l’échec de l’amour qu’on aurait pu avoir l’un pour l’autre. Construire la relation, c’est, je ne sais pas, renoncer à aimer. Je dis ça, ce n’est pas exactement ce que je veux dire, je ne sais pas trop, c’est en faire quelque chose de pragmatique et de concret, non, ce que je veux dire, c’est que c’est en faire quelque chose de vivable, quelque chose qui aide à vivre, alors que l’amour, c’est invivable.
Je ne sais pas aimer, je ne sais pas si c’est parce que je ne peux pas ou parce que je ne veux pas. Que j’en aie besoin, ça je pourrais me leurrer assez pour le croire, et pour en souffrir même.
L’amour, ça n’existe pas. Ça veut dire qu’on peut se tyranniser avec ça, comme avec tous les idéaux narcissiques et absolus qu’on fabrique, ça veut dire aussi que forcément ça ne ressemble à rien, que c’est ce qu’on veut que ce soit.
Le moment où on se sent à l’abri dans les bras de l’autre, ce moment où on ne court plus du tout, franchement, je ne sais pas si c’est parce qu’on a renoncé à chercher, que l’autre est notre renoncement, ou si c’est parce qu’on a trouvé. Je ne sais pas si l’autre est un échec ou un accomplissement.
Il faut dire que si on cherche encore, c’est qu’on est perdu, qu’on peut même se perdre exprès pour continuer à chercher encore, et encore, et toujours. Que sans doute qu’arrêter de chercher, c’est déjà se trouver, forcément. On doit pouvoir voir le fait de renoncer à chercher comme le fait d’accepter de trouver, j’en suis sûr. Qu’est-ce qui fait que je ne renonce pas, que je n’accepte pas non plus, je ne sais pas. Je sais que c’est la peur, celle d’être gagné ou perdu, c’est pareil. J’ai peur de trouver ce que je cherche, ça doit être pour ça que je n’arrête pas de chercher. Là, par exemple, il faudrait finir ce texte, arrêter, au moins pour un moment, de chercher et conclure. Mais je ne trouve pas la conclusion, je cherche, je cherche, je cherche encore.
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