l'échec d'être

Publié le par claude pérès

  On ne dit pas les choses parce qu’on les pense, ni parce qu’on y croit, ni parce qu’on veut les dire, non, la question n’est pas là du tout. D’ailleurs, ça ne sert à rien d’écouter ou de lire quelqu’un parler, ça n’a aucune importance, ce qu’on dit, ça n’a aucun sens d’aucune sorte, non, vraiment. On dit n’importe quoi, on se contredit, on ne sait pas ce qu’on dit de toutes façons. Ce qu’on fait quand on fabrique du sens, c’est qu’on se positionne et qu’on marque son territoire, c’est tout, rien d’autre. Ce qu’on dit quand on parle, c’est où on marque notre territoire, comment on le délimite et surtout par rapport à qui. On dit qui on est par rapport à celui qui écoute ou pas, qu’on écoute ou pas, et qu’on n’est pas. Il n’y a pas une seule chose que je dis dans ce blog que je pense, pas une. Dans mes bouquins, oui, ça oui, là aussi, ce que je dis là maintenant, oui, je le pense, j’ai mis des années à le penser, alors oui. J’essaie de faire un truc avec la parole, je parle pour donner tort à la parole, alors oui, je le pense, oui. Mais le reste, que j’aime, que je n’aime pas, que je cherche, que je renonce, que je me révolte ou je ne sais pas quoi, toutes ces conneries, ça ne veut absolument rien dire, enfin, ça ne veut pas dire ce que ça dit, non. Ça parle de comment je me situe, précisément ça parle de comment je ne me situe pas, comment je ne peux pas me situer, comment je me situe en ne me situant pas, c’est-à-dire comment je suis moi, parce que je ne suis personne d’autre, certes, mais aussi parce que je ne suis personne. J’ai du mal à expliquer ça simplement. D’accord, on a tous participé à des discussions où les gens s’emportent, on a tous vu des gens en désaccord, d’accord ? Bon, qu’est-ce qu’on voit dans ces cas-là, qu’est-ce qu’ils défendent, ces gens ? Franchement, quand on les connaît bien, on sait que la veille, ils disaient le contraire et que le lendemain, ils seront plus nuancés aussi, bon, donc, ils ne défendent pas ce qu’ils disent, ce qu’ils disent, c’est un prétexte, vous suivez là, hein ? On s’en fout de ce qu’ils disent, on est d’accord, ça ne se joue pas à ce qu’ils disent, ça se joue au territoire qu’ils occupent avec la parole par rapport à l’autre. Est-ce que c’est clair, ça ? Est-ce que vous voyez ce que je veux dire ? Ça veut dire que ce en quoi on croit, ce pour quoi on se bat, ce pour quoi on peut mourir, c’est sacrément relatif, ça n’est rien en soi, c’est des prétextes qu’on utilise pour se positionner. Ça veut dire que les gens qui manifestent contre une loi, de cette loi, ils n’ont rien à foutre, parce que des lois qui permettent d’exploiter les gens, il y en a plein et qu’ils ne font rien contre, non, ce qu’ils font quand ils manifestent, c’est qu’ils affirment leurs peurs, leurs espoirs, leurs colères, n’importe quoi du moment qu’ils affirment leur territoire. Je veux dire par là qu’on peut ne voir que ça quand on regarde une personne se construire ou construire une relation avec l’autre, qu’on peut dire qu’elle ne fait que ça, marquer son territoire, se positionner, s’affirmer et se défendre. Moi, par exemple, là, je marque mon territoire, ce que je dis là, on s’en fout, ce que ça dit par contre, c’est comment je m’affirme et me défends, par rapport à quoi et à qui, c’est tout.
  Boris Charmatz veut remonter le cours de l’apparition du mouvement dans Régi, on dirait. Ce n’est pas qu’il veut faire, non, ni même qu’il veut défaire, non, dans Con fort fleuve, je crois qu’on peut dire qu’il défaisait, mais là, non, il ne fait rien. Il met en place un Autre (une machine, un chorégraphe…) pour que celui dans lequel le mouvement apparaît n’y soit pour rien, c’est-à-dire ne le fabrique pas, ne le produise pas. Ce qu’il va chercher là, c’est avant le verbe, comme on dit dans les religions, avant le sens, avant que l’être humain rabatte sa conscience sur le monde et ce qu’il pourrait trouver, c’est à quel moment la conscience émerge. À quel moment l’être humain répond quelque chose, à quel moment il s’affirme en répondant. À quel moment on est soi et personne d’autre, parce qu’on répond, qu’on choisisse de répondre en répondant ou en ne répondant pas.
  Il y a quelque chose qui fait qu’on ne saura jamais qui on est, qu’on amasse des pensées, des succès, des échecs, des souvenirs, des conquêtes, de l’argent, toutes sortes d’images narcissiques, pour remplir ce vide béant qui veut qu’on soit quelqu’un forcément, alors que la question ne peut pas se poser en ces termes et qu’on se voue à l’échec d’être en se cherchant là où on n’est pas, je veux dire, en se cherchant.
  Je suis désolé de raconter des conneries pour marquer mon territoire. Je devrais pisser plus souvent.
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Publié dans ruptures

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C
et bien quoi c'est très bien les animaux non ?<br /> <br /> mike, que la toile est dure en ce moment... de toute part.<br /> c'est comme si tout le monde avait peur, comme<br /> si tout le monde aboyait, ou mordait tout le monde.<br /> <br /> ou peut-être que je suis un peu fragilisée :)<br /> <br /> je trouve ce texte très juste.<br /> le sens que je fabrique m'enthousiasme, vivement, mais c'est très fugace...<br /> parce que ce que ce texte dit est juste. tout ça ne sert qu'à marquer mon territoire.<br /> la plupart du temps c'est un message adresser aux autres, mais trop souvent à moi-même.<br /> <br /> à quoi ça sert d'écrire des commentaires...<br /> <br />
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M
;-) ok
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M
les animaux, enfin certains, tous je ne sais pas, certains animaux pissent pour marquer leur territoire.
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