le cœur qui bat

Publié le par claude pérès

  On ne se suicide pas par amour. On ne hurle pas non plus. Qu’est-ce qu’on ne fait pas d’autre ? On ne se bat pas, on ne combat pas avec l’amour. On ne tisse pas des tapisseries, on n’attend pas des années. On ne se mutile pas non plus, on n’arrache pas ses yeux pour ne plus jamais voir personne d’autre ou on ne se crève pas le cœur pour qu’il ne batte jamais plus pour personne. On ne meurt pas pour l’autre, on ne sait pas faire ça. On ne fait pas la révolution par amour, on n’entre pas en résistance non plus. On n’est pas des héros de l’amour, non, vraiment pas.
  Ça ne nous empêche pas de vivre, l’amour, ça ne nous aide pas à vivre non plus. Finalement, ça n’a aucune incidence dans la vie, l’amour, ça reste très anecdotique. On fait avec l’amour, comme avec l’alcool ou les dieux ou le travail ou les films hollywoodiens, on s’abrutit pour tenir. On a des petits sentiments étriqués dans une petite vie qui étouffe dans une société de merde. Dans tout ce que j’écris le mot merde suit toujours le mot société, c’est comme ça.
  Alors bien sûr, se poignarder sur le corps de l’homme qu’on aime, qui s’est poignardé parce qu’il croyait qu’on était mort, on est nombreux à ne pas y croire, à se dire que c’est du délire narcissique, que ce n’est pas de l’amour du tout. Mais consommer l’amour, fuir dans la consommation, comme on fait avec tout, c’est-à-dire comme on fait avec n’importe quoi, ne pas laisser l’amour exercer son travail profond et sourd de sabotage, il n’empêche que je ne peux pas le voir comme autre chose que s’interdire d’aimer. Je crois qu’on s’interdit d’aimer parce que le danger que ce serait fait trop peur.
  Qu’on ne soit pas courageux, qu’on n’aime pas au point de ne plus se reconnaître, ça reste quand même tellement dommage. Parce que ce qu’on veut continuer de reconnaître, ce qu’on est, ce qu’on construit, c’est suffisamment peu bandant pour qu’on fasse tout pour le fuir. Avant, on pensait que l’amour, c’était cet idéal pour l’image duquel on sacrifiait forcément sa propre image, comme les mystiques avec dieu, les serfs avec leur seigneur, les scribes avec l’écriture… On existait parce qu’on se mettait au service d’une image idéale qui n’existait pas, c’était comme ça qu’on s’inscrivait dans la foule. Maintenant, on existe parce qu’on sacrifie l’idéal à notre propre image, on existe parce qu’on met l’idéal au service de notre image qui n’existe pas non plus, c’est comme ça qu’on inscrit la foule en nous.
  Je n’arrive pas à ne pas me dire que l’amour, ça devrait être sauvage, grégaire, asocial, c’est-à-dire sans image. On ne devrait pas pouvoir vivre en société quand on aime, on ne devrait pas pouvoir vivre du tout. On devrait laisser l’amour comme il est, sans image, sans vocabulaire, sans syntaxe, brut et brutal, impossible à porter, féroce à ressentir. On devrait accepter que l’amour n’a aucun sens et qu’il ne sert à rien, qu’il est trop déraisonnable pour donner une raison de vivre, qu’il est la preuve même qu’une vie, ça ne se joue pas au sens qu’elle donne et qu’elle prend, que c’est bien au-delà des images et du sens qu’on contrôle pour être mieux contrôlés nous-mêmes. Là, on aurait ce qu’on attend tous, non pas un sens à la vie, non, ça c’est un leurre pour tenir et se tenir, mais le cœur qui bat.
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Publié dans ruptures

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M
c'est vrai tout nous fait si peur...mais quand même...
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C
moi je connais un type qui ne parle que d'amour...<br /> pire, il n'écrit que sur ça.<br /> ça ou le manque d'amour.<br /> il a même érigé un hôtel à la gloire d'une fin d'amour,<br /> d'une rupture...<br /> tous ses mots cherche à le définir, tout son être à l'incarner, et son coeur n'aspire qu'à le vivre l'amour....<br /> ce type a un coeur qui bat, très fort.
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M
L'amour c'est pas ce terme inventé au Moyen Age et renforcé au XIXè siècle par l'art, et particulièrement la littérature?
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C
physique et avec issue(s)<br />  <br /> [que vous écrivez bien, personne ne pourrait le contester. cet article est remarquable]
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