à l'aide

Publié le par claude pérès

  Je n’ai pas l’impression d’appeler à l’aide ou au secours quand j’écris, sans doute même que si j’écris, c’est parce que j’ai renoncé au fait, qu’un jour, quelqu’un viendra m’aider ou me secourir. Je crois que d’une certaine manière, je peux dire que j’appelle dans l’écriture à l’aide que je n’appelle pas dans la vie.
  Il faudrait que j’apprenne à demander de l’aide là où certains devraient apprendre à arrêter de demander, je sais.
  Je crois quand même que, surtout, si j’écris, c’est pour dire non, pour hurler non, je ne peux pas, je ne veux pas, ce n’est pas possible, non mais vous voyez bien que ce n’est pas possible, vous vous en rendez compte aussi, pas vrai, hein pas vrai ? Je ne sais pas si ce qui m’aiderait, ce serait de répondre oui ou non, de dire non avec moi ou contre moi, je ne sais vraiment pas.
  Je ne sais pas si je n’attends pas qu’on me donne tort, si ce ne serait pas la preuve qu’on m’aime qu’on me donne tort, si tant est qu’on puisse prouver quelque chose qui n’existe pas, mais je sais que je ne pourrais pas le supporter de toutes façons.
  Je lui disais qu’il n’y avait aucune raison pour qu’on soit ensemble, que c’était le hasard, que ça aurait pu être quelqu’un d’autre, il détestait que je dise ça, évidemment, je n’arrivais pas à lui dire que c’était forcément lui, qu’il n’y avait que lui et personne d’autre, même si c’est ce qu’il voulait entendre, ou bien parce que c’est ce qu’il voulait entendre, je ne sais pas. Pour moi, ça voulait dire aussi, qu’il n’y avait aucune raison pour qu’on ne soit pas ensemble, qu’il n’y ait aucune raison pour qu’on soit ensemble, mais ça, je ne le disais pas.
  Ça fait quand même plusieurs personnes qui s’énervent de ce que je dis ici. Un jour, j’écrirais sous la douche, l’eau effacera l’encre au fur et à mesure, comme les mandalas tibétains. La preuve que je t’aime, C., c’est que ça me fait rire que tu t’énerves, j’adore ça. On ne me fera pas dire que j’appelle à l’aide, quand bien même je ne fais que cela, que tout ce que je fais, c’est cela, parce que pour moi, appeler à l’aide, c’est sale.
  Maintenant, ce qui fait que quelqu’un écrit ou amasse de l’argent ou achète une grosse voiture ou fait refaire ses seins ou prie tous les jours que son dieu fait, c’est pour sortir de la foule, tout autant que pour exister dans la foule, c’est s’extraire de la foule et s’y inscrire, échapper à l’anonymat de la foule, à la mort, dans sa vie, et pour retrouver la foule, devenir immortel par la foule après sa mort, c’est la raison la plus conne du monde.
  Ça me paraît incroyable l’orgueil qu’il faut pour s’imaginer qu’un être supérieur, je ne sais pas comment quelqu’un de croyant conçoit dieu, j’imagine que c’est un être supérieur, s’intéresse à sa petite personne, forcément petite à côté. C’est curieux comme dieu peut être l’autre et le père et tout ça, c’est marrant comment la psychanalyse est devenue une religion, avec un dogme, des praticiens et une trinité Père-Mère-Phallus. Je sais que c’est gratuit de dire ça et qu’il y aura plein de gens pour ne pas être d’accord et s’énerver et ils auront raison.
  Non, ce n’est pas vrai, j’ai menti, au fond, personne ne peut renoncer à ce qu’un jour quelqu’un vienne. A partir du moment où on demande ou on prend la parole, on appelle à l’aide. Aider quelqu’un, c’est appeler à l’aide aussi, c’est donner l’aide qu’on appelle. Et s’aider soi-même, c’est possible aussi, moi je fais ça, ça me rend dur et impitoyable, mais je fais comme ça, je me donne l’aide que je n’arrive pas à appeler, peut-être pour donner l’idée à quelqu’un, à quelqu’un qui me donnerait tort donc, en m’aidant, en me faisant cesser de m’aider moi-même. J’arrêterai d’écrire quand j’aurai renoncé, quand je me serai donner tort, j’attends ce moment très fort, mais je n’en suis pas là, pour l’instant j’écris, n’importe quoi, mais j’écris.
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Publié dans ruptures

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G
J'aime ce texte, j'ai peur aussi d'y reconnaître qqunes de mes contradictions. Je te confie ces quelques mots:<br /> <br />  <br /> 29 décembre, 04:39. <br />  <br /> Je commence par noter l’heure, puisque c’est important, je crois l’heure. L’heure, le moment, c’est ce dont je n’aurai plus -- jamais -- le sens, la saveur. J’en ai perdu jusqu’à l’idée, la raison, l’entendement. De fait je crois bien que c’est là-même (dans l’absence d’heure) que je touche à la folie. Que « ce soir » j’écris, essaie d’écrire quelque chose qui ait encore une consistance, d’arracher non pas peut-être un sens au silence, mais de dire, juste dire « quelque chose » (je n’aime pas ce terme). C’est trop évident que ce que je dis là se retourne sur soi, se creuse de cette absence d’heure. Et retourne au silence, ne s’adresse à personne. Mais pour l’heure, dans cette heure sans heure, neutre, impavide -- c’est l’insomnie, pas une insomnie, mais l’insomnie qui gagne chaque jour un peu plus sur ma vie, sur la vie -- c’est la parole même qui m’est interdite. Parler, je n’y arrive plus, j’en ai même perdu le désir. Pour dire quoi, « quelque chose »? Je n’ai strictement rien à dire. Ou plutôt si, j’ai à dire ceci: que tout discours qui veut dire « quelque chose » me répugne, que je voudrais ne parler que pour le plaisir de parler. Et dans cette heure sans heure et sans parole, ce soir, il n’y a pas de plaisir. Il n’y a plus de plaisir parce que ma vie, je le sais bien, je l’ai délibérément, froidement, d’une manière très concertée, mais décision, froideur, accord implicite avec moi-même dont je ne connais pas, ne prétends pas connaître le ressort, ma vie donc, j’en ai écarté ce qu’on appelle d’ordinaire le « plaisir ». Le, les plaisirs qu’on dit simples. Et d’abord, donc, le plaisir de parler. Parce que dans ma folie, je rêve de plaisir pris au plaisir de parler, et que personne ne songe à ne parler que pour le plaisir d’éprouver le plaisir de parler, de se sentir, là, dans les mots. Je vais devenir fou parce que voilà une semaine que je n’ai parlé à personne, des mois que je n’ai éprouvé le plaisir de parler, et que je le sais -- cela est déjà arrivé --, je peux ainsi rester des années sans parler. Sans dormir. Est-ce que je ne rêve pas d’une parole qui (me) ferait l’amour, m’apaiserait dans la tension de l’heure qui vient, et de la douceur inouïe de mots qui laisseraient place, enfin, au sommeil? <br /> Je deviens fou, et j’ai peur. Comme un enfant, sans doute. Tout enfant devient fou, à cette heure, et je ne prétends pas avoir grandi.<br />  <br />  <br /> <br /> 29 décembre, 05:37.<br />  <br /> <br /> <br /> Ce n’est pas vrai, comme dit Foucault, qu’ « on écrit pour être aimé ». Ce n’est même pas vrai que toute lettre, toute parole est demande d’amour. Ecrire est un acte d’amour. On écrit, on ne parle, que faute d’avoir mal, pas assez, trop peu, trop brièvement aimé. Tout grand livre est une déclaration d’amour, et rien d’autre. Stendhal, A La Recherche Du Temps Perdu, Le Danseur de Manhattan. <br /> Ecrire, changer l’amour.<br />
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J
La profusion, comme chez Angéline, comme chez Mike, cette profusion immédiate, impulsive, tout ce vrac à passer au crible, par exemple j'ai foi à Dieu, sans raison - la raison, elle, est nécessaire en théologie -, il faut différencier ça, la foi, la théologie, et la morale aussi, bon, ce tas de distinctions ça complique tout, hein ?, changeons de sujet, ou mieux, insidieusement mélangeons-les, parlons de l'urgence d'écrire, du commerce des besoins plus ou moins avoués, tu sais, la négoce des appels à l'aide, par exemple, j'en ai bien conscience dès que j'ouvre le PC, dès que je blogue chez moi, chez toi, chez eux, quand je m'assoie dans un bar et que je regarde la clientèle, j'appelle, j'appelle sans cesse, ici aussi ça se produit, la foi, la théologie, la morale, tout ce vrac à démélanger pour enfin y comprendre quelque chose, sans s'énerver...
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C
je ne suis presque jamais énervée.
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C
et si appeler à l'aide ce n'était pas sale ?<br /> moins sale que de demander de l'aide.<br /> si c'était la seule chose qui soit vraiment belle ?<br /> si c'était ça l'amour, le désir, l'art, la relation à l'autre .....
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