la grève de la vie

Publié le par claude pérès

  Il y a des choses quand même dans la vie après lesquelles on ne peut pas vivre pareil. Je ne vois pas comment c’est possible. Je ne veux pas.
  Il y a des choses dans l’humanité qui font, par exemple, qu’on ne devrait plus pouvoir mettre en prison les gens ou les torturer, que même fabriquer du fil barbelé devrait paraître inconcevable, parce qu’on a vu ce que c’était, parce qu’on a vu jusqu’où ça pouvait aller, parce qu’on l’a vu concrètement. Je ne sais pas comment les gens font, comment ça ne les empêche pas de vivre tant que c’est encore comme ça, je ne vois pas du tout.
  Bien sûr, ils s’en foutent, parce  que la foule s’en fout d’eux, qu’ils construisent leurs vies en niant la foule et la mort et qu’ils ne peuvent donc pas être concernés par la peine de mort ou les détentions arbitraires ou… je ne vais pas faire de liste pour ça. Oui je sais, je peux me l’expliquer en théorie. Mais concrètement, je ne vois pas.
  Il y a des choses tellement invivables qu’on devrait se mettre en grève de vivre, qu’on devrait ne plus vivre tant que c’est comme ça. On devrait mettre notre vie sous condition. Protester, se battre, en parler, écrire dessus, ce n’est rien, parce que c’est vivre quand même, en tenant compte de ça certes, mais c’est tout. Je ne comprends pas comment l’humanité peut vivre quand l’humanité crève de faim. Je ne comprends vraiment pas. J’imagine que je suis stupide, mais je ne comprends pas du tout.
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Publié dans ruptures

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C
faut-il vraiment comprendre?<br /> est-il necessaire, sans prendre de risque, de comprendre? probablement que oui. <br /> mais nous pourrions aussi faire "la grève de la vie" quelques minutes chaque jour, pour ne rien oublier, pour au moins dégager, ne serait-ce que de peu, l'étendue de nos horizons.
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