Je ne dirai rien

Publié le par claude pérès

   Je ne dirai rien.
  Je ne dirai pas que ça va, non, que ce soit incroyable que d’autres émotions, d’autres pensées, d’autres espoirs viennent en moi, je ne le dirai pas.
  Je ne dirai pas non plus que ça ne va pas, que je ne sais pas ce que c’est que ces émotions, que forcément je ne les reconnais pas, qu’elles me prennent et qu’elles me surprennent, que j’ai peur, non, non plus.
  Je ne dirai pas non plus que je suis fatigué, que vivre ça me fatigue tellement, que ça me prend toute ma force.
  Je ne dirai pas que la réalité me déçoit toujours, non pas parce qu’elle est moins bien que ce à quoi je m’attends, non, mais parce que je ne peux pas y échapper. Je ne dirai pas que je voudrais toujours m’échapper et que quand je rêve je m’échappe évidemment.
  Je ne dirai pas que rêver, c’est la chose la plus lâche et la plus conne du monde.
  Qu’est-ce que je pourrais ne pas dire encore…
  Je ne dirai pas que quand je me confronte à la réalité, même rien que quand je la vois, j’ai la sensation étouffante de me soumettre. Je ne dirai pas à quel point ça m’empêche de vivre et à quel point ça me fait mal.
  Je ne dirai pas que les seuls moments où je m’apaise, c’est dans cette réalité.
  Je ne dirai pas que de toutes façons, on ne connaît pas la réalité autrement que par les images qu’on s’en fait. Je ne dirai pas que les images que l’on se fait de la réalité et les images dont on rêve ne sont quand même jamais que des images.
  Je ne dirai pas que la réalité, c’est l’image de l’échec de ces images dont on rêve.
  Je ne dirai pas que se confronter à la réalité, c’est faire échouer les images que l’on se fabrique dans celles que se fabrique l’autre.
  Je ne dirai pas que s’en remettre à l’autre, c’est accepter de mourir et que l’on est immortel quand on est seul, immortel parce qu’on ne vit pas.
  Je ne dirai pas que j’ai conscience que ce que je ne dis pas est incompréhensible.
  Je ne dirai pas que vivre, ça me bouleverse, que je ne contrôle pas ce que je vis et que ça me fait forcément violence. Je ne dirai pas qu’il m’arrive de préférer ne pas vivre, parce que je me dis que je ne mérite pas une telle violence.
  Je ne dirai pas que je peux me faire violence pour ne pas laisser la vie me faire violence et que je sais que c’est con.
  Qu’est-ce que je pourrais dire que je ne dirai pas encore… je ne le dirai pas.
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Publié dans ruptures

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Commenter cet article
C
[ps: et ce que tu dis, même quand tu ne le dis pas, c'est drôlement bien dit]
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C
ne pas dire, ne rien dire de même, ce serait peut-être comme essayer d'écouter le silence en cachette. et même le silence parle aux arbres. alors...
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