je sais que la question est conne mais quand même pourquoi je vis ?

Publié le par claude pérès

  Que la vie soit âpre, on ne le dira jamais assez, parce qu’on peut le dire autant qu’on veut, ça ne l’empêche pas d’être âpre et ça ne fait pas qu’on s’y fait. 
 
  Je ne m’y fais pas, je ne peux pas, je ne veux pas de toutes façons.

  Je ne veux pas fuir la douleur, parce que c’est un truc d’abruti et je ne veux pas la rechercher non plus, parce que c’est un autre moyen de la fuir.

  Elle est là. Il n’y a rien à faire.

  On ne peut pas ne pas la ressentir, parce qu’on ne peut pas ne pas vivre dans ce monde et on ne peut pas ne pas vivre cette vie-là. Alors oui, on ressent la douleur. Elle est là. C’est sûr.

  Bien sûr, je peux choisir de mourir à tout moment. Ce n’est pas quelque chose qui me paraît impossible. Je veux dire, c’est quelque chose que j’envisage. Et c’est normal de l’envisager, franchement, c’est la moindre des choses. Ne serait-ce que parce que quand on choisi de vivre, on ne choisi pas seulement de vivre, n’importe quoi, n’importe comment, on choisi de bien vivre. Et puis de toutes façons, face à la douleur, la question se pose, ça ne peut pas être autrement, tellement ça paraît invivable.

  Mais voilà, la question est de savoir pourquoi j’ai choisi de vivre, comment je tiens face à cette douleur.

  Ce n’est pas pour les moments où je m’apaise, ça je le sais, même s’ils sont là et qu’ils durent de plus en plus longtemps ces moments où je me sens à l’abri, où je ne ressens plus l’angoisse, ou j’oublie même presque ce que c’est. Qu’on puisse laisser venir et jouir de ce qui vient, ce n’est pas n’importe quoi. Mais ce n’est pas pour ces moments-là que je tiens, parce que je ne suis pas comptable, je ne vis pas tant de moments apaisés contre tant de moments de douleur en me demandant si ça vaut la peine. Ce serait débile, ce serait se leurrer, et des moments apaisés je n’en aurais plus du tout de toutes façons.

  Non, non, non, ce n’est pas du tout pour ça. Il y a quelque chose qui fait que je suis encore en vie, confronté à la douleur, qui est là, la même depuis toujours pour tout le monde, et qui malgré même son âpreté ne m’empêche pas de vivre.

  Ce n’est pas non plus cette âpreté qui me maintient en vie. J’en suis certain, parce que je ressens la même force de vie dans les moments où je m’apaise. Je ne le croyais pas, mais je l’ai ressenti il n’y a pas très longtemps. Ce n’est pas le leurre qui me tient non plus, le leurre fait partie de la douleur, on n’a jamais vu quelqu’un arrêter de souffrir parce qu’il se leurrait, au contraire, la douleur alimente le leurre et le leurre alimente la douleur.

  Ce n’est pas ça, la question ne se pose pas en ces termes. Ce n’est pas parce que je me leurre que je tiens. Ce n’est pas non plus parce que je ne me leurre pas.
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Publié dans ruptures

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