j'ai écrit ça et ça ne va pas du tout
J’ai écrit ça dans le bouquin sur lequel je travaille en ce moment :
« Désirer, c’est situer l’autre pour me situer dans son regard. Je ne désire pas quelque chose, je désire son image, c’est-à-dire sa situation, là où elle s’inscrit dans le sens auquel elle renvoie. Je ne désire pas pour avoir mais pour être. Je désire une femme, par exemple, parce que c’est une femme, parce que son image se situe dans un ensemble d’images et je la désire pour me situer, par rapport à sa situation, en tant qu’homme. Je positionne et je situe mon territoire de sens en positionnant et situant le territoire de ce que je désire. Je ne désire pas quelque chose, ce que je désire, c’est la situation de cette chose par rapport à l’ensemble d’où je l’extraie en la désirant elle et non l’ensemble. Et cet ensemble d’où je m’extraie en l’extrayant par mon désir, cet ensemble contre lequel j’affirme mon territoire individuel et dans lequel il se noie, c’est la béance de la mort. Je désire être quelqu’un, et non tout, pour affirmer quelque chose, et non tout, contre la mort, mais je ne suis rien et la mort est tout. »
et ça ne va pas du tout. Bien sûr, ça n’est pas mal écrit, ça reprend quelque chose que j’ai commencé d’articuler ici, il y a quelques jours, je pourrais le garder, le retravailler, ça me permet d’avancer un peu sur le point que je développe dans le bouquin, ça pourrait aller, mais ça ne va pas. Et ça ne va pas, parce que quand j’ai écrit ça, je savais déjà où j’allais, l’articulation, je la connaissais. L’écriture ne m’a pas servi à découvrir quelque chose. C’est organisé et fabriqué, c’est tout. Il n’y a aucun risque pris, pas d’engagement, rien. Quand j’écris, je ne sais pas ce que j’écris. Je découvre, j’éprouve, je mets à l’épreuve. Que j’arrive à ne pas m’y perdre complètement, ça m’étonne toujours. Je crois que ça me fait rire. Si je sais déjà ce que je vais écrire, je m’ennuie et je m’ennuie parce que l’écriture ne sert à rien dans ces cas-là, ce n’est rien d’autre qu’une petite activité comptable. Si je ne sais que vaguement où je vais, sans savoir par où, sans savoir jusqu’où et sans savoir où je vais me retrouver, là oui. Prendre le risque de se perdre avec l’écriture, oui, ça oui, aller trop loin, trop fort, sans garde-fou, sans protection aucune, oui, oui, oui, ça, oui, qu’est-ce que c’est bon. C’est dur, d’accord, c’est pour ça qu’on dit qu’on y laisse sa peau, mais qu’est-ce que c’est bon. Mais là, dans ce texte-là, je le sais d’avance, et je n’avance pas dans ce que je ne sais pas. Je sais où je suis, où je vais et où je me retrouve, je sais même comment j’y vais. Quand on écrit, il y a cette sensation limite à laquelle on doit sans doute être accro tellement elle est forte qu’on ressent au moment où on est allé tellement loin qu’on est au bord de ne plus savoir du tout où on est, parfois même on ne sait plus, mais qu’on s’y retrouve. Ce moment où l’on s’y retrouve, c’est rude, c’est brutal, c’est saisissant tellement on ne s’y attend pas, mais qu’est-ce que c’est comme plaisir et comme joie.
« Désirer, c’est situer l’autre pour me situer dans son regard. Je ne désire pas quelque chose, je désire son image, c’est-à-dire sa situation, là où elle s’inscrit dans le sens auquel elle renvoie. Je ne désire pas pour avoir mais pour être. Je désire une femme, par exemple, parce que c’est une femme, parce que son image se situe dans un ensemble d’images et je la désire pour me situer, par rapport à sa situation, en tant qu’homme. Je positionne et je situe mon territoire de sens en positionnant et situant le territoire de ce que je désire. Je ne désire pas quelque chose, ce que je désire, c’est la situation de cette chose par rapport à l’ensemble d’où je l’extraie en la désirant elle et non l’ensemble. Et cet ensemble d’où je m’extraie en l’extrayant par mon désir, cet ensemble contre lequel j’affirme mon territoire individuel et dans lequel il se noie, c’est la béance de la mort. Je désire être quelqu’un, et non tout, pour affirmer quelque chose, et non tout, contre la mort, mais je ne suis rien et la mort est tout. »
et ça ne va pas du tout. Bien sûr, ça n’est pas mal écrit, ça reprend quelque chose que j’ai commencé d’articuler ici, il y a quelques jours, je pourrais le garder, le retravailler, ça me permet d’avancer un peu sur le point que je développe dans le bouquin, ça pourrait aller, mais ça ne va pas. Et ça ne va pas, parce que quand j’ai écrit ça, je savais déjà où j’allais, l’articulation, je la connaissais. L’écriture ne m’a pas servi à découvrir quelque chose. C’est organisé et fabriqué, c’est tout. Il n’y a aucun risque pris, pas d’engagement, rien. Quand j’écris, je ne sais pas ce que j’écris. Je découvre, j’éprouve, je mets à l’épreuve. Que j’arrive à ne pas m’y perdre complètement, ça m’étonne toujours. Je crois que ça me fait rire. Si je sais déjà ce que je vais écrire, je m’ennuie et je m’ennuie parce que l’écriture ne sert à rien dans ces cas-là, ce n’est rien d’autre qu’une petite activité comptable. Si je ne sais que vaguement où je vais, sans savoir par où, sans savoir jusqu’où et sans savoir où je vais me retrouver, là oui. Prendre le risque de se perdre avec l’écriture, oui, ça oui, aller trop loin, trop fort, sans garde-fou, sans protection aucune, oui, oui, oui, ça, oui, qu’est-ce que c’est bon. C’est dur, d’accord, c’est pour ça qu’on dit qu’on y laisse sa peau, mais qu’est-ce que c’est bon. Mais là, dans ce texte-là, je le sais d’avance, et je n’avance pas dans ce que je ne sais pas. Je sais où je suis, où je vais et où je me retrouve, je sais même comment j’y vais. Quand on écrit, il y a cette sensation limite à laquelle on doit sans doute être accro tellement elle est forte qu’on ressent au moment où on est allé tellement loin qu’on est au bord de ne plus savoir du tout où on est, parfois même on ne sait plus, mais qu’on s’y retrouve. Ce moment où l’on s’y retrouve, c’est rude, c’est brutal, c’est saisissant tellement on ne s’y attend pas, mais qu’est-ce que c’est comme plaisir et comme joie.
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