je ne suis pas à la hauteur, tu n'es pas à la hauteur, il n'est pas à la hauteur, nous ne sommes pas...
Je ne dirai pas que ça ne va pas, ce ne serait pas vrai, non, vraiment, je ne dirai pas non plus que ça va, parce qu’on ne dit pas ces choses-là, d’abord parce que tout le monde s’en fout, aussi parce que c’est obscène et puis parce que je n’ai pas à me convaincre que ça va, alors je n’ai pas besoin de le dire. J’écoute la douleur en moi, comment j’ai mal, le poids que c’est dans mon corps, et là, je n’ai plus rien de tout ça, j’ai le corps libre, léger, silencieux, c’est tout ce que je dirai.
Voilà, c’est fait, je n’ai plus aucun souvenir, l’invasion, l’occupation de tout ce que je suis par un regard, une parole, un sentiment de lui, celui de la rupture, qui revenaient, c’est fini. C’est devenu théorique, nous deux, ça n’a plus aucune importance, ça a évacué les lieux de mon corps. Le seul souvenir qui est plus long à partir que les autres, celui qui reste, celui qui s’attarde, c’est une nuit où je l’avais recroquevillé contre moi, que je m’étais immiscé dans son corps, entre ses bras, entre ses jambes, entre ses fesses, dans son corps, dans sa bouche, dans ses yeux, que je m’agrippais à lui pour lui faire l’amour, que mes cuisses s’accrochaient à son bassin, mes bras à son cou, que je tenais son occiput dans le creux de ma main pour que sa tête ne cogne pas le mur et que je lui ai dit je t’aime. J’ai hésité avant de le dire, on ne parlait pas en faisant l’amour, ça m’aurait semblé trop convenu, je l’ai regardé droit dans les yeux, je les ai vus offerts, pleins d’amour, tout mon corps lui disait que je l’aimais, mes caresses, mes coups de reins, ma peau étalée sur lui, mon souffle sur sa chair, l’attention de mon être pour lui, et ma voix aussi, tout mon corps, tout mon être, à ce moment-là, tout mon être l’aimait pour tout ce qu’il était.
Je n’ai pas envie d’aimer en ce moment, en fait non, ce n’est pas ça, c’est plutôt que la façon d’aimer des gens ne me donnent pas envie, que les gens font n’importe quoi avec l’amour, qu’ils se comportent mal, qu’ils ne mesurent pas la gravité d’aimer, qu’ils jouent avec des images et des leurres sans mesurer ce que ça implique pour eux, pour l’autre, ce que ça coûte, ce qu’ils y laissent, le mal qu’ils se donnent, parce que c’est ça qu’ils se donnent, du mal, ça ne me fait pas envie du tout. Même si je trouve ça touchant que personne n’y arrive, à aimer, que tout le monde soit perdu face à ce truc qui nous dépasse tellement, parce que ce n’est pas réel et qu’on ne sait pas quoi en faire.
Il avait l’impression qu’il n’était pas à la hauteur, pendant longtemps je n’y croyais pas, je ne voulais même pas le savoir, mais c’était vrai, il n’était pas à la hauteur, parce que personne n’est à la hauteur d’aimer, parce qu’on met ça trop haut. Je ne sais pas si un jour, on arrivera à ne pas utiliser tous les idéaux qu’on invente pour forcément être en faute et se punir avec ça, même avec l’amour, on fait ça, c’est dingue. Qu’on se dise, comme je viens de le faire, c’est énorme, alors je vais y aller mais en faisant vraiment attention ou qu’on ait peur au point de faire n’importe quoi, c’est pareil, c’est ériger l’amour, là où ça n’est pas, à une hauteur qui n’est pas humaine et de laquelle on tombe forcément. C’est comme ça qu’on se soumet finalement, en n’étant pas à la hauteur de quelque chose qui n’existe pas et en se punissant de ne pas l’être. Je sais qu’aimer, vivre ou être, ce n’est pas ça, ça ne peut pas être ça, je ne comprends pas qu’on ne comprenne pas ça…
Voilà, c’est fait, je n’ai plus aucun souvenir, l’invasion, l’occupation de tout ce que je suis par un regard, une parole, un sentiment de lui, celui de la rupture, qui revenaient, c’est fini. C’est devenu théorique, nous deux, ça n’a plus aucune importance, ça a évacué les lieux de mon corps. Le seul souvenir qui est plus long à partir que les autres, celui qui reste, celui qui s’attarde, c’est une nuit où je l’avais recroquevillé contre moi, que je m’étais immiscé dans son corps, entre ses bras, entre ses jambes, entre ses fesses, dans son corps, dans sa bouche, dans ses yeux, que je m’agrippais à lui pour lui faire l’amour, que mes cuisses s’accrochaient à son bassin, mes bras à son cou, que je tenais son occiput dans le creux de ma main pour que sa tête ne cogne pas le mur et que je lui ai dit je t’aime. J’ai hésité avant de le dire, on ne parlait pas en faisant l’amour, ça m’aurait semblé trop convenu, je l’ai regardé droit dans les yeux, je les ai vus offerts, pleins d’amour, tout mon corps lui disait que je l’aimais, mes caresses, mes coups de reins, ma peau étalée sur lui, mon souffle sur sa chair, l’attention de mon être pour lui, et ma voix aussi, tout mon corps, tout mon être, à ce moment-là, tout mon être l’aimait pour tout ce qu’il était.
Je n’ai pas envie d’aimer en ce moment, en fait non, ce n’est pas ça, c’est plutôt que la façon d’aimer des gens ne me donnent pas envie, que les gens font n’importe quoi avec l’amour, qu’ils se comportent mal, qu’ils ne mesurent pas la gravité d’aimer, qu’ils jouent avec des images et des leurres sans mesurer ce que ça implique pour eux, pour l’autre, ce que ça coûte, ce qu’ils y laissent, le mal qu’ils se donnent, parce que c’est ça qu’ils se donnent, du mal, ça ne me fait pas envie du tout. Même si je trouve ça touchant que personne n’y arrive, à aimer, que tout le monde soit perdu face à ce truc qui nous dépasse tellement, parce que ce n’est pas réel et qu’on ne sait pas quoi en faire.
Il avait l’impression qu’il n’était pas à la hauteur, pendant longtemps je n’y croyais pas, je ne voulais même pas le savoir, mais c’était vrai, il n’était pas à la hauteur, parce que personne n’est à la hauteur d’aimer, parce qu’on met ça trop haut. Je ne sais pas si un jour, on arrivera à ne pas utiliser tous les idéaux qu’on invente pour forcément être en faute et se punir avec ça, même avec l’amour, on fait ça, c’est dingue. Qu’on se dise, comme je viens de le faire, c’est énorme, alors je vais y aller mais en faisant vraiment attention ou qu’on ait peur au point de faire n’importe quoi, c’est pareil, c’est ériger l’amour, là où ça n’est pas, à une hauteur qui n’est pas humaine et de laquelle on tombe forcément. C’est comme ça qu’on se soumet finalement, en n’étant pas à la hauteur de quelque chose qui n’existe pas et en se punissant de ne pas l’être. Je sais qu’aimer, vivre ou être, ce n’est pas ça, ça ne peut pas être ça, je ne comprends pas qu’on ne comprenne pas ça…
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