ça s'appelle la douleur

Publié le par claude pérès

  C’est là, c’est en moi, ça a envahi mon corps d’un coup, c’est une occupation telle de mon corps qu’il n’est plus que ça, mon corps, mes muscles, mes chairs, mes organes, le sang, la respiration, tout est devenu ça, c’est insupportable, c’est lourd, tellement, ça s’appelle la douleur. Il n’y a rien à faire. Je ne peux pas y échapper. C’est invivable, je veux dire, je ne peux pas vivre avec ça, pourtant il y a des gens qui ne se croient en vie qu’avec ça tellement c’est fort. C’est fort oui, je pourrais croire être emporté, ne pas pouvoir tenir, tellement ça me paraît fort, plus fort que moi. Je tiens bon. Je sais que je peux surmonter ça, je l’ai déjà fait, et c’était pire, alors… Je ne fuis pas. Je serre les dents, les poings, tout et je tiens, je résiste. Je me dis que cette douleur, ce n’est pas moi, que je ne la mérite pas, que je veux vivre sans, parce qu’avec on ne peut pas vivre, alors qu’il va falloir qu’elle dégage. Je me dis qu’il n’y a rien à faire, que déjà, d’abord, avant tout, il ne faut rien faire, juste voir qu’elle est là, la regarder de face, s’y confronter. Je me dis aussi que des gens qui passent leur vie à fuir leur douleur, il y en a plein, que cette douleur, je comprends qu’on la fuit, qu’on ne veuille pas se faire de mal avec ça, qu’on croit qu’on pourrait en mourir, bien sûr, oui, c’est évident, mais la fuir, c’est continuer de la laisser nous accompagner partout, dans tout, c’est finir par ne plus être que ça, la fuite de cette douleur et donc cette douleur encore et toujours. Donc, je ne fais rien, je tiens bon, je me rends dur pour tenir, pour ne pas flancher, pour ne pas être emporté. Je ne la laisse pas m’envahir, je la contrôle, je la gère, je me crois assez fort pour faire ça, la juguler, la circonscrire, empêcher qu’elle saccage tout. Je résiste encore, je la refuse, j’ai peur. D’une certaine manière, je deviens cette douleur en me faisant aussi fort qu’elle, plus fort même. Et puis non, je craque, cette douleur, ce n’est pas moi, je ne peux pas, je ne vais pas vivre comme ça, fort, dur, blindé de partout. Je me laisse tomber, je ne tiens plus. Je laisse la douleur se répandre partout en moi et tout saccager. Je ne suis pas fort de toutes façons. Elle est là, qu’elle fasse ce qu’elle a à faire, je n’y peux rien, je ne vais pas faire comme si elle n’était pas là. Je veux dire, je ne vais pas me débattre contre elle, ce serait encore un truc pour la nier. À ce moment-là, ça ne va pas du tout évidemment. Je regarde la douleur faire son travail de saccage en moi, tout détruire, tout dévorer. Je ne fais rien, peut-être que je l’aide un peu, je ne sais pas. Il y a des gens qui aident la douleur à les détruire, qui aident la douleur à leur faire le plus de mal possible, qui se font payer avec la douleur. Et puis, il y a un moment où c’est bon, la douleur, je l’ai bien regardée, et je ne veux pas me faire payer avec ça, je n’ai rien fait, je n’ai pas à payer, merde. Et je refuse à nouveau, d’être ça, de me faire mal avec ça, non, il n’en est pas question. Là, je crois que je fais quelque chose, n’importe quoi. Il y a un moment où la douleur a fait le plus gros, où je n’ai pas été emporté finalement, où ça fait de moi quelqu’un de fort forcément. Et je vis en ne tenant pas compte de la douleur, ou plutôt en ne tenant pas compte que de ça, elle est là encore, elle revient un peu plus fort parfois, mais ce n’est pas moi, je suis bien autre chose que ça. Est-ce que c’est à ce moment que je m’étourdis, que je fais n’importe quoi pour ne plus être cette douleur, pour être tout sauf cette douleur, je ne sais pas. Il y a des gens qui s’étourdissent toute leur vie, d’autres qui se laissent abattre ou qui se plaignent autant qu’ils peuvent, plus encore. Et puis, il y a un moment où on se débarrasse de la douleur, où on peut regarder tout autour, ressentir tout ce qu’il se passe, parce que la douleur a quitté les lieux et qu’on a de la place pour vivre.
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Publié dans ruptures

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P
Tes mots me prennent et me travaillent. Comme la douleur, toi, dans ce texte. Sans me faire grâce d'une seconde de leur intensité, me laissant à bout de souffle, éblouie, rincée.<br />  <br />  
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M
oui et ce moment-là...oh...ce qu'il est bon...mais es fois on l'attend un peu. ;-)
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