L'amour et son absence

Publié le par claude pérès

  Je me rends compte que l’amour, ce n’est pas illimité. Aimer, c’est se confronter à la limite de l’amour, j’en suis sûr.
  L’amour, comme tout ce que désigne un mot, ça n’existe pas. Et on n’a rien dit quand on a dit l’amour, on a seulement dit qu’on n’a rien dit.
  L’amour, ça n’existe pas, sinon, on n’inventerait pas un mot, on le vivrait donc, mais ça parle de quelque chose, sinon évidemment, ça ne nous viendrait même pas à l’idée d’inventer ce mot.
  De quoi ça parle ? De quoi parle l’amour ? De quoi je parle, quand je parle d’amour ?
  Bien sûr, l’amour, c’est être reconnu par l’autre que je reconnais pour échapper à la foule de la mort. Je situe quelqu’un que je cherche dans la foule, en le trouvant beau ou brillant ou doux ou quoi que ce soit pour me situer. Oui, ça c’est évident. Qu’on puisse ne parler d’amour que comme ça, c’est sûr. Mais ça reste théorique, forcément.
    Quand je parle de l’amour, je me confronte à quelque chose qui est suffisamment là pour que j’en parle et suffisamment pas là pour que j’aie besoin d’en parler.
  Est-ce que quand je parle de l’amour, je parle de mon espoir d’amour, de mon besoin d’amour, de mon absence d’amour donc ou de l’amour…
  Je me rends compte que c’est ce à quoi je me confronte quand j’aime et que je suis aimé, l’amour qui est là, parce que je suis avec la personne qui est avec moi et l’amour qui n’est pas là, ce qu’on se demande ou ce qu’on espère, ce qu’on attend encore ou ce dont on apprend à se passer.
  Je n’aime pas avec l’amour qui est là, je veux dire, j’aime avec l’amour qui n’est pas là. L’amour entre la personne que j’aime, qui m’aime, que j’aime aimer, dont j’aime être aimé, qui aime m’aimer, qui aime être aimé de moi, et moi, c’est la confrontation à l’absence d’amour. Ce n’est pas l’amour entre nous, ce n’est pas l’absence de l’amour non plus, c’est la confrontation entre l’amour et son absence.
  L’absence de l’amour, c’est tout ce que l’amour pourrait être, ne serait-ce que parce qu’il y a un mot pour le désigner et l’amour, c’est tout ce qu’il n’est pas, ne serait-ce que parce que j’ai besoin d’un mot pour le désigner.
  Je suppose que l’amour, comme n’importe quel idéal, donne un sens à la vie. Je suppose aussi que l’amour est la preuve vivante que la vie n’a pas de sens, sinon on n’aurait pas besoin de lui en donner…
  On aime, parce qu’on se rend compte qu’on n’aime pas et qu’on ne peut pas aimer et on se rend compte qu’on n’aime pas et qu’on ne peut pas aimer, parce qu’on aime.
  Et puis, il y a ces moments où l’on ronronne dans les bras de l’autre et où on ne sait plus parler…
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Publié dans ruptures

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M
C'est si juste que c'en est bouleversant...
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D
tes images sont belles, merci.
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M
johnny halliday à plutot du soucis à se faire si il lit ce magnifique portrait d'aimer"<br /> bravo et continue<br /> mystigri
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C
une belle écriture que duras n'aurait pas reniée. <br />  <br /> [ce qui pourrait donner du sens à l'amour, c'est certainement son absence]
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