je n'aime pas le texte d'hier
Je n’aime pas le texte que j’ai écrit hier. Je vois bien qu’il est bien écrit, qu’il est touchant, qu’il est sans doute efficace, mais ça ne va pas du tout. En ce moment, ces jours-ci, j’utilise mon intellect pour ne pas me laisser déborder par mon affect parce que mon affect est douloureux. Je m’endurcis pour ne pas ressentir la douleur. Parce que je ne veux pas avoir mal, parce que je ne peux pas ressentir ça. Je blinde mon intellect de flic pour ne pas me laisser emporter. Et mes textes ne s’emportent pas finalement. Je vois ça, que je maîtrise la douleur et la peine, que je la découpe pour m’y confronter étape par étape et que toutes mes pensées trahissent la dureté, la raideur de mon intellect pour ne pas sombrer. Je sais que j’y viendrais à cette douleur, mais en me ménageant, en sauvant tout ce que je pourrais. Quand je dis que toutes les pensées ne sont que questions d’affirmation de territoire, c’est concret ça. Et pour l’affect, c’est pareil. Ça a à voir avec la joie de la puissance chez Spinoza, que Musil reprend dans une de ses nombreuses réflexions de l’Homme sans qualités. Tout ce qui nous procure du plaisir, c’est ce qui nous permet d’affirmer notre territoire, je le dirais comme ça. Le plaisir n’est donc pas tant dans l’objet lui-même, que dans l’affirmation qu’il permet. Le plaisir, ce n’est pas tant de faire ou d’être que de jouir de pouvoir faire ou être en le faisant ou en l’étant. Et la douleur que c’est, par exemple, la fin d’un amour, c’est la déterritorialisation de ce qu’on est. C’est ce qui fait que c’est insoutenable et qu’on est abattu parce qu’on a nulle part où s’affirmer. Et la rage que ce serait de laisser ma douleur emporter tout sur son passage, ce serait encore de l’affirmation de territoire, une affirmation aveugle, sauvage et folle. J’ai choisi de trouver la force de tenir bon, de ne pas m’effondrer et je tiens, aussi dur que ce soit et que ça me rende, mais je ne sais pas si je ne ferais pas mieux de m’effondrer, de hurler, de devenir fou. Je ne sais pas s’il vaut mieux être un flic ou un barbare, se protéger de la douleur au point de ne plus rien ressentir ou en rajouter au point de ne plus savoir pourquoi on a mal tellement on a mal.
Voilà, ce texte est complètement nul. Il n’a aucune qualité d’aucune sorte. Il n’est pas cadré, codé, lissé. Il n’est pas brillant. Il n’a pas d’image, il ne ressemble à rien. Il ne se laisse pas regarder. Ni je l’aime, ni je ne l’aime pas. C’est n’importe quoi. Mais je vais le garder tel quel, juste pour qu’il déborde.
Voilà, ce texte est complètement nul. Il n’a aucune qualité d’aucune sorte. Il n’est pas cadré, codé, lissé. Il n’est pas brillant. Il n’a pas d’image, il ne ressemble à rien. Il ne se laisse pas regarder. Ni je l’aime, ni je ne l’aime pas. C’est n’importe quoi. Mais je vais le garder tel quel, juste pour qu’il déborde.
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