Si je ne peux pas choisir d'être heureux, je choisirai mon malheur et ce ne sera pas celui de me soumettre...
Je regarde comment les gens vivent, je n’arrête pas de regarder, comment ils font, comment ils s’y prennent. Non pas ce dans quoi ils fuient la vie, le système, le travail, l’amour, l’argent, tous ces leurres à la con, non, mais leur douleur, leur espoir, des choses comme ça plutôt. C’est vrai qu’on est tous égaux, c’est concret ça, ce n’est pas un souhait, on est tous tellement égaux devant la difficulté de vivre.
Je n’ai rien à raconter. Je ne suis pas une machine à produire du sens. Je ne produis rien, je ne suis pas productif. Vivre, ce n’est pas produire, ce n’est pas vrai. Je n’ajouterai pas ma pierre à l’édifice, rien à foutre de l’édifice. Je me sers, c’est tout. D’accord, la société est pourrie, d’accord, je prends ce qu’il y a à prendre, rien à foutre, je me sers, je trie en plus, je prends ce dont j’ai besoin, et la société ne me fera pas croire que j’ai besoin d’aller voir des films débiles ou de me branler sur des magazines de merde, rien à foutre des femmes et des hommes à poils retouchés par les logiciels, rien à foutre des images, les images c’est une pollution abrutissante. Je ne suis pas soumis au système, rien à foutre du système, je ne serai pas malheureux avec ça. Alors oui d’accord, c’est un luxe, oui, mais c’est un luxe à la portée de tout le monde, rien à foutre des gens qui manifestent pour ne pas se faire exploiter, ils n’ont qu’à pas travailler du tout, pourquoi ils étudient ? pour comprendre le monde et finir par mieux vivre ? non, pour se faire formater et apprendre à dire oui aux patrons, je ne ferai pas un boulot à la con pour avoir de l’argent pour acheter des conneries qui ne servent à rien dans la vie. Non mais il y a un moment où il faut juste se demander ce qu’on fait, je n’ai pas à gagner ma vie, je n’ai pas à mériter de vivre, je vis, c’est tout, je n’ai rien à prouver avec ça. Franchement, je plains les gens assez faibles pour perdre leur vie à la gagner, et ils savent que c’est n’importe quoi en plus. Il y a des choses plus importantes à vivre que de s’embrouiller avec des connards de petits chefs occupés à agiter leur pouvoir minuscule pour flatter leur ego flétri par les frustrations innombrables de leur vie. Je ne fuirai pas la vie en me polluant le cerveau avec des préoccupations trop connes pour en parler, les contraintes, le système, la météo, les ragots des autres ou je ne sais pas quoi. Rien à foutre, non mais vraiment rien à foutre. Personne n’a jamais réussi sa vie, personne n’a jamais échoué, ça c’est des conneries d’images narcissiques, la vie ne se réussit pas, ni ne s’échoue, c’est n’importe quoi. Essayez de réussir votre vie, essayez, perdez votre vie avec ça, vous verrez ce que ça donne, vous verrez ce que ça prend, moi je m’en fous, ça ne changera pas ma vie, je n’ai pas à gagner ma vie, ni à gagner du temps sur la mort. Non mais ce n’est pas comme si on était les premiers à vivre, qu’on découvrait tout, non mais quand même, il y a un moment où l’inconscience, ça a un nom, ça s’appelle la connerie, c’est tout, merde. Je ne changerai pas le système de toutes façons, rien à foutre du système, que des gens se contorsionnent pour l’intégrer, c’est leur problème, c’est les premières victimes de ça, moi je ne reste pas assis une minute sur un truc inconfortable, je ne passerai pas ma vie entière comme ça, avec des crampes de partout, à finir par ne ressembler à rien. Et je ne les plaindrais pas non plus, ils sont obscènes avec ça et c’est des bourreaux en plus, persuadés que de toutes façons on ne peut pas faire autrement. On ne peut pas faire autrement ? allez vous faire foutre ! croupissez dans la pisse avec laquelle vous marquez vos territoires étriqués de merde. Je fais autrement, je n’ai rien à prouver à personne, tout le monde s’en fout de toutes façons, qu’on me foute la paix, je mourrai comme tout le monde, je n’en tirerai rien de plus, je perdrai mon temps de la même façon et je m’échouerai pareil, tout pareil, c’est juste que j’aurai essayé, juste ça, c’est très important pour moi, ça change tout.
« mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ? Je suis obligé de répondre : nulle part. » Stig Dagerman
Je veux vivre dans la forêt, rien à foutre, ça ne peut pas être pire qu’ici. Je ne trouverai pas la liberté dans des formes figées, ça c’est une connerie qu’on a inventée pour mieux soumettre les irréductibles. Quoi qu’il en dise, Dagerman, lui, il s’est suicidé, il n’a pas pu. Non mais personne ne me fera croire que je trouverai mon bonheur dans un truc qui rend malheureux autant de gens et qui tue tout le monde. Ce serait sacrément con de m’imaginer plus fort que les milliards d’être humains qui sont passés avant moi et être le premier et le seul à m’en sortir, non mais franchement, il y a des fois où les gens sont réalistes un petit peu ? Je n’ai pas envie de faire le moindre effort, ni le moindre compromis, je n’ai pas le temps, je ne peux pas, ce n’est pas possible et je ne serai pas malheureux pour autant, en tout cas pas plus que ceux qui se compromettent tellement qu’ils ne sont plus rien ni personne. Si je ne peux pas choisir d’être heureux, en tout cas je choisirai mon malheur et ce ne sera pas celui-là, merde.
Je regarde les gens, comment ils font, je n’arrête pas de me demander comment ils font, je sais que personne n’a tort, ni raison, qu’on ne sait pas faire autrement que de se débattre, qu’on se débat tout le temps pour tout, que vivre, c’est ça, et je n’en reviens pas, je veux dire : on n’en revient pas.
Je n’ai rien à raconter. Je ne suis pas une machine à produire du sens. Je ne produis rien, je ne suis pas productif. Vivre, ce n’est pas produire, ce n’est pas vrai. Je n’ajouterai pas ma pierre à l’édifice, rien à foutre de l’édifice. Je me sers, c’est tout. D’accord, la société est pourrie, d’accord, je prends ce qu’il y a à prendre, rien à foutre, je me sers, je trie en plus, je prends ce dont j’ai besoin, et la société ne me fera pas croire que j’ai besoin d’aller voir des films débiles ou de me branler sur des magazines de merde, rien à foutre des femmes et des hommes à poils retouchés par les logiciels, rien à foutre des images, les images c’est une pollution abrutissante. Je ne suis pas soumis au système, rien à foutre du système, je ne serai pas malheureux avec ça. Alors oui d’accord, c’est un luxe, oui, mais c’est un luxe à la portée de tout le monde, rien à foutre des gens qui manifestent pour ne pas se faire exploiter, ils n’ont qu’à pas travailler du tout, pourquoi ils étudient ? pour comprendre le monde et finir par mieux vivre ? non, pour se faire formater et apprendre à dire oui aux patrons, je ne ferai pas un boulot à la con pour avoir de l’argent pour acheter des conneries qui ne servent à rien dans la vie. Non mais il y a un moment où il faut juste se demander ce qu’on fait, je n’ai pas à gagner ma vie, je n’ai pas à mériter de vivre, je vis, c’est tout, je n’ai rien à prouver avec ça. Franchement, je plains les gens assez faibles pour perdre leur vie à la gagner, et ils savent que c’est n’importe quoi en plus. Il y a des choses plus importantes à vivre que de s’embrouiller avec des connards de petits chefs occupés à agiter leur pouvoir minuscule pour flatter leur ego flétri par les frustrations innombrables de leur vie. Je ne fuirai pas la vie en me polluant le cerveau avec des préoccupations trop connes pour en parler, les contraintes, le système, la météo, les ragots des autres ou je ne sais pas quoi. Rien à foutre, non mais vraiment rien à foutre. Personne n’a jamais réussi sa vie, personne n’a jamais échoué, ça c’est des conneries d’images narcissiques, la vie ne se réussit pas, ni ne s’échoue, c’est n’importe quoi. Essayez de réussir votre vie, essayez, perdez votre vie avec ça, vous verrez ce que ça donne, vous verrez ce que ça prend, moi je m’en fous, ça ne changera pas ma vie, je n’ai pas à gagner ma vie, ni à gagner du temps sur la mort. Non mais ce n’est pas comme si on était les premiers à vivre, qu’on découvrait tout, non mais quand même, il y a un moment où l’inconscience, ça a un nom, ça s’appelle la connerie, c’est tout, merde. Je ne changerai pas le système de toutes façons, rien à foutre du système, que des gens se contorsionnent pour l’intégrer, c’est leur problème, c’est les premières victimes de ça, moi je ne reste pas assis une minute sur un truc inconfortable, je ne passerai pas ma vie entière comme ça, avec des crampes de partout, à finir par ne ressembler à rien. Et je ne les plaindrais pas non plus, ils sont obscènes avec ça et c’est des bourreaux en plus, persuadés que de toutes façons on ne peut pas faire autrement. On ne peut pas faire autrement ? allez vous faire foutre ! croupissez dans la pisse avec laquelle vous marquez vos territoires étriqués de merde. Je fais autrement, je n’ai rien à prouver à personne, tout le monde s’en fout de toutes façons, qu’on me foute la paix, je mourrai comme tout le monde, je n’en tirerai rien de plus, je perdrai mon temps de la même façon et je m’échouerai pareil, tout pareil, c’est juste que j’aurai essayé, juste ça, c’est très important pour moi, ça change tout.
« mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ? Je suis obligé de répondre : nulle part. » Stig Dagerman
Je veux vivre dans la forêt, rien à foutre, ça ne peut pas être pire qu’ici. Je ne trouverai pas la liberté dans des formes figées, ça c’est une connerie qu’on a inventée pour mieux soumettre les irréductibles. Quoi qu’il en dise, Dagerman, lui, il s’est suicidé, il n’a pas pu. Non mais personne ne me fera croire que je trouverai mon bonheur dans un truc qui rend malheureux autant de gens et qui tue tout le monde. Ce serait sacrément con de m’imaginer plus fort que les milliards d’être humains qui sont passés avant moi et être le premier et le seul à m’en sortir, non mais franchement, il y a des fois où les gens sont réalistes un petit peu ? Je n’ai pas envie de faire le moindre effort, ni le moindre compromis, je n’ai pas le temps, je ne peux pas, ce n’est pas possible et je ne serai pas malheureux pour autant, en tout cas pas plus que ceux qui se compromettent tellement qu’ils ne sont plus rien ni personne. Si je ne peux pas choisir d’être heureux, en tout cas je choisirai mon malheur et ce ne sera pas celui-là, merde.
Je regarde les gens, comment ils font, je n’arrête pas de me demander comment ils font, je sais que personne n’a tort, ni raison, qu’on ne sait pas faire autrement que de se débattre, qu’on se débat tout le temps pour tout, que vivre, c’est ça, et je n’en reviens pas, je veux dire : on n’en revient pas.
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