La révolte, c'est l'espoir de ne plus espérer

Publié le par claude pérès

  Je ne me fais plus mal avec ma colère et ma rage. Je ne me bousille pas parce que tout est bousillé déjà autour. Je ne pourris plus ma vie parce que la vie est pourrie. Je ne fais plus ça.

  Je crois que la rage et la colère qui font bousiller la vie des gens qui se révoltent sont la preuve qu’ils ne sont pas révoltés, que ce n’est pas fait, que c’est en cours. Qu’ils sont vulnérables avec ça. Je veux dire : ils attaquent la société, le monde, la foule, la vie, eux, parce qu’ils sont encore attaqués, parce que leur révolte, c’est d’être attaqués, leur révolte meurtrière, c’est d’être meurtris. Ils ne peuvent pas vivre, c’est tout, ils vivent de ne pas pouvoir vivre, ils ne vivent que de ça. Ça peut faire une vie entière, ne pas pouvoir vivre. Il y a de quoi.

  Je ne me saccage plus pour saccager le monde, la foule, la vie ou moi-même. Je sais ne plus faire ça. Ça ne veut pas dire que je suis corrompu. Je ne crois vraiment pas. Ça veut dire que je ne vis plus de ne pas pouvoir vivre.

  Oui d’accord, le monde est pourri et la vie merdique, oui, mais je n’ai pas besoin de me pourrir la vie pour en avoir la preuve, je n’ai pas besoin d’en avoir la preuve, je le vois déjà assez comme ça.

  Ils n’ont pas donné tort à la terre entière les gens qui ont mal de se révolter. Ils donnent raison à la terre entière de ne pas se révolter en ayant mal de leur révolte. C’est la terre entière qui fait mal, le monde, la foule, la vie, pas la révolte. On n’a pas à vivre mal quand on se révolte, on n’a pas à se punir de se révolter, parce qu’on a raison de se révolter. Que ce soit clair : ce sont les gens qui ne se révoltent pas qui vivent mal et qui ont tort.

  Je ne souffre plus de ma révolte. Ma révolte, ce n’est pas une maladie, un handicap ou une tare, c’est la moindre des choses. Ça ne veut pas dire que je suis gagné ou perdu, non, décidément. Ça veut dire que je ne perds pas mon énergie, mon temps et mon espoir. Que j’aie su donner tort à la terre entière, que je donne tort à la terre entière tout le temps, que c’est certainement arrogant et dingue, mais je ne me donnerai pas tort de donner tort à la terre entière parce qu’il y a de quoi, merde.

  Je n’insulte plus l’humanité, je n’ai pas de temps à perdre avec ça, parce que l’humanité est déjà une insulte à elle-même.

  On n’a pas à se faire violence avec la révolte, ce n’est pas la révolte qui est une violence, la révolte, c’est un espoir, c’est même le dernier espoir qui reste dans ce monde.

  Alors oui, voilà, c’est avec l’espoir que la société soumet les gens, c’est évident, ils ne pourraient pas tenir et supporter ça s’ils n’espéraient pas mieux, que ça ne vienne jamais, qu’ils voient que ça ne vienne jamais, n’y change rien, ils ne vivent pas de toutes façons, ils espèrent.

  Et la révolte, ce n’est pas n’importe quel espoir, se faire mal avec l’espoir de la révolte, c’est se soumettre déjà, c’est en faire un espoir comme les autres. Non, la révolte, ce n’est pas n’importe quel espoir, c’est l’espoir de ne plus espérer, c’est-à-dire de ne pas attendre, de ne pas tenir, de ne pas supporter ça. Et ça n’a pas à faire mal, parce que c’est la moindre des choses.
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Publié dans ruptures

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M
;-)
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