voilà je vais le faire et ce sera fini
Voilà, je vais le faire, ça va me faire atrocement mal, mais ce sera fait. Il le faut. J’en ai besoin. Je ne l’ai jamais fait encore, avant parce que j’avais trop peur pour l’admettre, même si j’en avais conscience, après parce que la douleur était telle que j’aurais été emporté. Je vais lui dire que je l’aime, là ici, maintenant, une bonne fois pour toutes et après je n’en parlerais plus.
Il me manque.
Tellement.
On est le 7 septembre, je crois. Il est 3h, ou 2 ou 4. Je le vois. Dès que je le vois, il n’y a plus personne d’autre. Il est là. Il n’y a que lui. Son air qui ne ressemble à rien, parce qu’il a l’air doux, fragile, perdu et pourtant tellement fort, ou dur, je ne sais pas. C’est lui ou personne. C’est lui et personne. Il me regarde. Je soutiens son regard, je l’agresse même avec le mien. Je lui montre qu’il n’y a que lui dans mes yeux. Il baisse les yeux un peu, mais pas assez pour ne plus me regarder. Il continue. Je ne sais pas si je souris. Ça me fait mal de repenser à ça. Il est beau, avec sa peau claire, pâle, presque malade, son air d’enfant, son air de ne sortir de nulle part. On se demande comment il trouve la force de vivre, mais on voit qu’il la trouve, elle est là, c’est indéniable. Il s’en va, comme s’il me demandait de le suivre. Je le suis, je le double et il me suit à son tour. Je ne sais pas si j’ai peur ou si ça m’amuse. Lui, il a peur, ça j’en suis sûr, mais il le fait, il me suit et il vient vers moi.
On parle toute la nuit. Je sens que c’est lui au rythme de mon cœur qui s’accélère. Je n’en reviens pas, que j’attende depuis tant d’années et qu’il soit là. J’ai peur. Je me raisonne. Je suis pris d’une tristesse immense parce que je me dis que je ne le reverrais pas, que ce serait trop beau. Je crois que j’arrête de parler, d’écouter et que je l’enlace. Il ne faut pas que je pleure en écrivant ça, je ne veux pas. Il me demande ce qu’il se passe, il me dit qu’il me sent nostalgique. Je lui dis que je savoure, que je prends cette douceur sur l’ennemi ou quelque chose comme ça. Je ne lui dis pas que j’ai peur de ne plus le revoir, que c’est lui, que je sais que c’est lui, parce que ça fait trop peur à entendre des choses comme ça et que je le sais. Je crois qu’il ne comprend pas mon histoire d’ennemi mais il savoure lui aussi. On passe la nuit ensemble, on dort et au matin on petit-déjeune. On a tellement peur tous les deux de déplaire à l’autre qu’on s’essuie les lèvres à chaque bouchée pour enlever les miettes. Je le fais, je le vois faire pareil, je ris. J’ai besoin de raconter ça. Il me manque, j’en ai besoin.
Et puis, il rentre chez lui pour quelques heures et on décide de se voir après. Pendant qu’il n’est pas là, il m’appelle pour me dire où il en est, qu’il a fait le ménage ou qu’il va prendre une douche. Je me dis qu’il veut vraiment que je l’attende. On dirait que ça marche, que je vais le revoir. J’adore ça, évidemment. On se donne rendez-vous. Il appelle encore pour me dire qu’il sera en retard. Puis il appelle pour me dire qu’il n’est pas loin, qu’il arrive. Et il arrive. C’est lui. C’est encore lui, vraiment. Il est beau. Il a l’air perdu encore, fragile, anxieux. Il me rejoint. On fait ce que tout le monde fait dans ces cas-là et ce qu’on fait avec tout le monde, on se raconte. Il me dit qu’il a appelé des gens pour demander conseil parce qu’il est chamboulé, il ne dit pas qu’il est chamboulé, parce qu’il ne veut pas me faire peur, mais ça se voit. On se tient par la main, on se regarde. Il y a des gens pour nous regarder et sourire et nous souhaiter d’être heureux. Toute notre relation ce sera comme ça, des gens qui voient notre amour en nous regardant tellement ça se voit. On passe la nuit ensemble, la journée d’après et le soir encore. On se promène, on parle, on fait l’amour. C’est tellement beau qu’il n’y a rien à en dire, rien à en penser, on ne pense pas dans ces moments-là. Il me raconte comment il a quitté les personnes avant moi et j’entends qu’il les a massacrées. Je me dis qu’il ne faut pas que je l’aime, j’entends ça au moment où je tombe amoureux et je me dis que non, qu’il ne faut pas et je ne tombe pas amoureux. Je ne tomberais pas amoureux, je ne pourrais jamais. C’est lui, c’est sûr, ce n’est personne d’autre, mais je ne peux pas. Je me protège de lui, de tout le mal qu’il peut faire, de tout le mal qu’il me fera et il ne fait rien pour que je ne me protège pas. Le soir, on parle encore et j’oublie mon sac, moi qui pense toujours à tout, je l’oublie, parce que je pense à autre chose pour une fois, pour la première fois. Il m’accompagne pour porter plainte, il est là, il est là pour moi. Je n'ai jamais rien demandé à personne, je ne veux pas encombrer, j'ai honte, mais il est là. Décidément, c’est lui, c’est sûr. Il est tard, c’est long, il est seul à attendre, mais il est toujours là. Quand je reviens, il ne veut pas me quitter, je préfère rester seul pour ce soir, mais il ne veut pas. Il a peur. Il a une montée d’angoisse avec ça. Il me raccompagne en voiture, on discute encore, longtemps, on s’embrasse, il est très tard. Je rentre chez moi. Je ne dormirai pas bien sans lui, moi qui ne supporte pas de dormir avec quelqu’un d’habitude.
Rapidement, je le présente à tout le monde, je lui dis des mots doux. Ça lui fait peur, les mots doux, que ça vienne aussi facilement, il croit que je peux dire ça à n’importe qui, il ne comprend pas que c’est lui. Je me dis que décidément il ne veut pas que je l’aime et que je sois tendre avec lui. Ça commence par les mots doux, les petits noms et puis au bout de quelques jours on commence à se dire qu’on s’aime, mais en faisant des détours. On a peur de faire peur alors on ne le dit pas vraiment, mais on a trop besoin de le dire pour ne pas le dire du tout. Je raconte ça une bonne fois pour toutes, après ce sera fini. Un jour, je commence à le dire, et puis je m’arrête, c’est trop énorme de dire quelque chose comme ça, et finalement je dis que… je tiens à lui ou quelque chose comme ça. Une autre fois, un matin, je commence ma phrase, je lui dis : « chéri… » et je ne la termine pas. Il attend un peu, rien ne vient, il rit. Il me dit qu’un jour, il aura droit au mot chéri dans une phrase entière. Je ris aussi forcément. Une autre fois, en pleine nuit, je ferme les yeux très fort tellement j’ai peur et je lui dis je t’aime. J’écoute le silence qui suit. J’ai peur. Il me prend très fort dans ses bras. On ne dort plus, on passe toutes les nuits ensemble et toutes les journées à s’attendre et on tient comme ça depuis qu’on se connaît, malgré la fatigue, on tient. Je lui montre comment je suis, comment est ma vie, ce que je n’ai jamais montré à personne, ce qui me paraît tellement peu aimable, tout ce que je ne contrôle pas, qui est comme ça et c’est tout. Je lui montre à lui, parce que c’est lui, et personne d’autre. J’ai peur, ça me coûte, ça me demande un effort immense et ça passe, il ne part pas, il est là, c’est lui et c’est incroyable.
Quelques fois, je tombe amoureux quand même, même si je m’en empêche, quand je le regarde, tellement il est beau, quand il me regarde, tellement il a l’air de m’aimer, mais surtout quand il parle. Les fois où je l’ai le plus aimé, c’était pour la pertinence, la justesse, l’intelligence de ce qu’il disait. Encore une fois, c’était lui, il n’y avait que lui pour dire ça. Ça m’excitait sexuellement aussi. Mais, ce n’est pas arrivé souvent, il n’avait pas assez confiance en lui pour en dire plus. Il m’aime, il dépend de moi, il fait en fonction de moi, il écoute ce que je dis, souvent même il le répète, il me tient toujours par la main, il me câline, il m’embrasse. Il est insatiable de moi. Il n’a jamais été comme ça avant, il ne s’est jamais permis ça, ce risque-là, se donner autant à quelqu’un, avec la peur de tout perdre. La confiance, la douceur de vivre que ça me donne, c’est inimaginable, tant qu’on ne l’a pas vécue, on ne la soupçonne même pas. Ce que je ressens quand je me blottis sur ses genoux, quand il me porte ou quand il s’abandonne contre moi, c’est miraculeux. On ne peut pas se passer de ça après. Il s’apaise, je vois qu’il s’apaise, il se détend de vivre, vraiment, je le vois dans tout ce qu’il fait, dans tout ce qu’il est, petit à petit et je m’apaise aussi. Je suis heureux, vraiment et je le sais, et je me le dis, même si je ne lui dis jamais, parce que je ne veux pas l’encombrer avec ça. Je sais, j’ai tort, je sais. J’ai peur, j’ai du mal à l’accepter, je m’empêche de l’aimer, ça me coûte trop, mais je l’aime et je le sais et ça me fait un bien infini. Je raconte ça encore, c’est presque fini, ce sera fini, ce sera complètement fini.
Je vois qu’il s’empêche de m’aimer, qu’il se dit qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est pas aimable, que je ne peux pas l’aimer et qu’il m’en veut. C’est sa façon à lui de m’aimer de se dire qu’il ne me vaut pas. Et je ne peux rien faire. Face à cette demande illimitée, je ne peux pas le rassurer, je n’y arrive pas. J’aurais besoin qu’il m’aide à l’aimer, qu’il me fasse confiance, qu’il se fasse confiance, parce que j’ai peur aussi, que ça me coûte, que ça me paraît incroyablement dur, mais il ne peut pas et je ne peux rien faire pour lui non plus. Sa demande devient folle et je deviens dur de plus en plus parce que je ne sais pas comment y répondre. Je ne sais pas, à ce moment-là je ne sais pas du tout. Sa demande me harcèle et m’écœure au point que je pourrais ne plus l’aimer du tout, lui en vouloir pour me demander toujours plus, et tout lui refuser. Sa demande est telle que c’est mon amour qui ne me paraît pas à la hauteur. Ce qu’il est n’est pas à la hauteur de ce que je suis et mon amour n’est pas à la hauteur de son amour, c’est clair ça ? Mais je sais que je l’aime, même s’il m’étouffe au point de ne plus le ressentir, je le sais, j’en suis sûr, je n’ai pas peur au point de ne plus le savoir, je n’ai pas autant peur que ça. Lui, oui. Il a de plus en plus peur, il panique, il ne sait plus ce qu’il fait, il ne sait plus ce qu’il ressent, il ne sait plus ce qu’il pense. Il m’aime à la folie, comme il n’a jamais aimé, et il a tellement peur qu’il ne peut plus. Et c’est lui, lui qui m’aime plus que tout, lui qui est perdu tellement il m’aime, c’est lui qui se met à tout détruire, qui reprend le contrôle en détruisant tout. Je le regarde, je comprends qu’il baisse les bras, qu’il gâche tout, je me dis que l’effort n’était pas tel qu’il ne puisse plus, que c’est de sa peur qu’il ne peut plus mais qu’il n’y a pas de quoi avoir tellement peur. Je me dis qu’il gâche tout pour rien, que c’est con, que c’est tellement con, tellement dommage. Mais je n’y peux rien. C’est lui qui cède à la peur, c’est lui. Je me dis encore et encore qu’il n’y a pas de quoi avoir peur, mais je n’y peux rien et c’est fini.
Il me manque.
Tellement.
On est le 7 septembre, je crois. Il est 3h, ou 2 ou 4. Je le vois. Dès que je le vois, il n’y a plus personne d’autre. Il est là. Il n’y a que lui. Son air qui ne ressemble à rien, parce qu’il a l’air doux, fragile, perdu et pourtant tellement fort, ou dur, je ne sais pas. C’est lui ou personne. C’est lui et personne. Il me regarde. Je soutiens son regard, je l’agresse même avec le mien. Je lui montre qu’il n’y a que lui dans mes yeux. Il baisse les yeux un peu, mais pas assez pour ne plus me regarder. Il continue. Je ne sais pas si je souris. Ça me fait mal de repenser à ça. Il est beau, avec sa peau claire, pâle, presque malade, son air d’enfant, son air de ne sortir de nulle part. On se demande comment il trouve la force de vivre, mais on voit qu’il la trouve, elle est là, c’est indéniable. Il s’en va, comme s’il me demandait de le suivre. Je le suis, je le double et il me suit à son tour. Je ne sais pas si j’ai peur ou si ça m’amuse. Lui, il a peur, ça j’en suis sûr, mais il le fait, il me suit et il vient vers moi.
On parle toute la nuit. Je sens que c’est lui au rythme de mon cœur qui s’accélère. Je n’en reviens pas, que j’attende depuis tant d’années et qu’il soit là. J’ai peur. Je me raisonne. Je suis pris d’une tristesse immense parce que je me dis que je ne le reverrais pas, que ce serait trop beau. Je crois que j’arrête de parler, d’écouter et que je l’enlace. Il ne faut pas que je pleure en écrivant ça, je ne veux pas. Il me demande ce qu’il se passe, il me dit qu’il me sent nostalgique. Je lui dis que je savoure, que je prends cette douceur sur l’ennemi ou quelque chose comme ça. Je ne lui dis pas que j’ai peur de ne plus le revoir, que c’est lui, que je sais que c’est lui, parce que ça fait trop peur à entendre des choses comme ça et que je le sais. Je crois qu’il ne comprend pas mon histoire d’ennemi mais il savoure lui aussi. On passe la nuit ensemble, on dort et au matin on petit-déjeune. On a tellement peur tous les deux de déplaire à l’autre qu’on s’essuie les lèvres à chaque bouchée pour enlever les miettes. Je le fais, je le vois faire pareil, je ris. J’ai besoin de raconter ça. Il me manque, j’en ai besoin.
Et puis, il rentre chez lui pour quelques heures et on décide de se voir après. Pendant qu’il n’est pas là, il m’appelle pour me dire où il en est, qu’il a fait le ménage ou qu’il va prendre une douche. Je me dis qu’il veut vraiment que je l’attende. On dirait que ça marche, que je vais le revoir. J’adore ça, évidemment. On se donne rendez-vous. Il appelle encore pour me dire qu’il sera en retard. Puis il appelle pour me dire qu’il n’est pas loin, qu’il arrive. Et il arrive. C’est lui. C’est encore lui, vraiment. Il est beau. Il a l’air perdu encore, fragile, anxieux. Il me rejoint. On fait ce que tout le monde fait dans ces cas-là et ce qu’on fait avec tout le monde, on se raconte. Il me dit qu’il a appelé des gens pour demander conseil parce qu’il est chamboulé, il ne dit pas qu’il est chamboulé, parce qu’il ne veut pas me faire peur, mais ça se voit. On se tient par la main, on se regarde. Il y a des gens pour nous regarder et sourire et nous souhaiter d’être heureux. Toute notre relation ce sera comme ça, des gens qui voient notre amour en nous regardant tellement ça se voit. On passe la nuit ensemble, la journée d’après et le soir encore. On se promène, on parle, on fait l’amour. C’est tellement beau qu’il n’y a rien à en dire, rien à en penser, on ne pense pas dans ces moments-là. Il me raconte comment il a quitté les personnes avant moi et j’entends qu’il les a massacrées. Je me dis qu’il ne faut pas que je l’aime, j’entends ça au moment où je tombe amoureux et je me dis que non, qu’il ne faut pas et je ne tombe pas amoureux. Je ne tomberais pas amoureux, je ne pourrais jamais. C’est lui, c’est sûr, ce n’est personne d’autre, mais je ne peux pas. Je me protège de lui, de tout le mal qu’il peut faire, de tout le mal qu’il me fera et il ne fait rien pour que je ne me protège pas. Le soir, on parle encore et j’oublie mon sac, moi qui pense toujours à tout, je l’oublie, parce que je pense à autre chose pour une fois, pour la première fois. Il m’accompagne pour porter plainte, il est là, il est là pour moi. Je n'ai jamais rien demandé à personne, je ne veux pas encombrer, j'ai honte, mais il est là. Décidément, c’est lui, c’est sûr. Il est tard, c’est long, il est seul à attendre, mais il est toujours là. Quand je reviens, il ne veut pas me quitter, je préfère rester seul pour ce soir, mais il ne veut pas. Il a peur. Il a une montée d’angoisse avec ça. Il me raccompagne en voiture, on discute encore, longtemps, on s’embrasse, il est très tard. Je rentre chez moi. Je ne dormirai pas bien sans lui, moi qui ne supporte pas de dormir avec quelqu’un d’habitude.
Rapidement, je le présente à tout le monde, je lui dis des mots doux. Ça lui fait peur, les mots doux, que ça vienne aussi facilement, il croit que je peux dire ça à n’importe qui, il ne comprend pas que c’est lui. Je me dis que décidément il ne veut pas que je l’aime et que je sois tendre avec lui. Ça commence par les mots doux, les petits noms et puis au bout de quelques jours on commence à se dire qu’on s’aime, mais en faisant des détours. On a peur de faire peur alors on ne le dit pas vraiment, mais on a trop besoin de le dire pour ne pas le dire du tout. Je raconte ça une bonne fois pour toutes, après ce sera fini. Un jour, je commence à le dire, et puis je m’arrête, c’est trop énorme de dire quelque chose comme ça, et finalement je dis que… je tiens à lui ou quelque chose comme ça. Une autre fois, un matin, je commence ma phrase, je lui dis : « chéri… » et je ne la termine pas. Il attend un peu, rien ne vient, il rit. Il me dit qu’un jour, il aura droit au mot chéri dans une phrase entière. Je ris aussi forcément. Une autre fois, en pleine nuit, je ferme les yeux très fort tellement j’ai peur et je lui dis je t’aime. J’écoute le silence qui suit. J’ai peur. Il me prend très fort dans ses bras. On ne dort plus, on passe toutes les nuits ensemble et toutes les journées à s’attendre et on tient comme ça depuis qu’on se connaît, malgré la fatigue, on tient. Je lui montre comment je suis, comment est ma vie, ce que je n’ai jamais montré à personne, ce qui me paraît tellement peu aimable, tout ce que je ne contrôle pas, qui est comme ça et c’est tout. Je lui montre à lui, parce que c’est lui, et personne d’autre. J’ai peur, ça me coûte, ça me demande un effort immense et ça passe, il ne part pas, il est là, c’est lui et c’est incroyable.
Quelques fois, je tombe amoureux quand même, même si je m’en empêche, quand je le regarde, tellement il est beau, quand il me regarde, tellement il a l’air de m’aimer, mais surtout quand il parle. Les fois où je l’ai le plus aimé, c’était pour la pertinence, la justesse, l’intelligence de ce qu’il disait. Encore une fois, c’était lui, il n’y avait que lui pour dire ça. Ça m’excitait sexuellement aussi. Mais, ce n’est pas arrivé souvent, il n’avait pas assez confiance en lui pour en dire plus. Il m’aime, il dépend de moi, il fait en fonction de moi, il écoute ce que je dis, souvent même il le répète, il me tient toujours par la main, il me câline, il m’embrasse. Il est insatiable de moi. Il n’a jamais été comme ça avant, il ne s’est jamais permis ça, ce risque-là, se donner autant à quelqu’un, avec la peur de tout perdre. La confiance, la douceur de vivre que ça me donne, c’est inimaginable, tant qu’on ne l’a pas vécue, on ne la soupçonne même pas. Ce que je ressens quand je me blottis sur ses genoux, quand il me porte ou quand il s’abandonne contre moi, c’est miraculeux. On ne peut pas se passer de ça après. Il s’apaise, je vois qu’il s’apaise, il se détend de vivre, vraiment, je le vois dans tout ce qu’il fait, dans tout ce qu’il est, petit à petit et je m’apaise aussi. Je suis heureux, vraiment et je le sais, et je me le dis, même si je ne lui dis jamais, parce que je ne veux pas l’encombrer avec ça. Je sais, j’ai tort, je sais. J’ai peur, j’ai du mal à l’accepter, je m’empêche de l’aimer, ça me coûte trop, mais je l’aime et je le sais et ça me fait un bien infini. Je raconte ça encore, c’est presque fini, ce sera fini, ce sera complètement fini.
Je vois qu’il s’empêche de m’aimer, qu’il se dit qu’il n’est pas à la hauteur, qu’il n’est pas aimable, que je ne peux pas l’aimer et qu’il m’en veut. C’est sa façon à lui de m’aimer de se dire qu’il ne me vaut pas. Et je ne peux rien faire. Face à cette demande illimitée, je ne peux pas le rassurer, je n’y arrive pas. J’aurais besoin qu’il m’aide à l’aimer, qu’il me fasse confiance, qu’il se fasse confiance, parce que j’ai peur aussi, que ça me coûte, que ça me paraît incroyablement dur, mais il ne peut pas et je ne peux rien faire pour lui non plus. Sa demande devient folle et je deviens dur de plus en plus parce que je ne sais pas comment y répondre. Je ne sais pas, à ce moment-là je ne sais pas du tout. Sa demande me harcèle et m’écœure au point que je pourrais ne plus l’aimer du tout, lui en vouloir pour me demander toujours plus, et tout lui refuser. Sa demande est telle que c’est mon amour qui ne me paraît pas à la hauteur. Ce qu’il est n’est pas à la hauteur de ce que je suis et mon amour n’est pas à la hauteur de son amour, c’est clair ça ? Mais je sais que je l’aime, même s’il m’étouffe au point de ne plus le ressentir, je le sais, j’en suis sûr, je n’ai pas peur au point de ne plus le savoir, je n’ai pas autant peur que ça. Lui, oui. Il a de plus en plus peur, il panique, il ne sait plus ce qu’il fait, il ne sait plus ce qu’il ressent, il ne sait plus ce qu’il pense. Il m’aime à la folie, comme il n’a jamais aimé, et il a tellement peur qu’il ne peut plus. Et c’est lui, lui qui m’aime plus que tout, lui qui est perdu tellement il m’aime, c’est lui qui se met à tout détruire, qui reprend le contrôle en détruisant tout. Je le regarde, je comprends qu’il baisse les bras, qu’il gâche tout, je me dis que l’effort n’était pas tel qu’il ne puisse plus, que c’est de sa peur qu’il ne peut plus mais qu’il n’y a pas de quoi avoir tellement peur. Je me dis qu’il gâche tout pour rien, que c’est con, que c’est tellement con, tellement dommage. Mais je n’y peux rien. C’est lui qui cède à la peur, c’est lui. Je me dis encore et encore qu’il n’y a pas de quoi avoir peur, mais je n’y peux rien et c’est fini.
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